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Couvre-feu



COUVRE-FEU : nom masculin qui meurt sous x au pluriel.


Quel vilain mot que celui de couvre-feu, l’absurdité incarnée, la sauvagerie hussarde, le voici revenu à la mode, fringuant et obscur héros d’une société liberticide, enfant maudit des épopées martiales, chancre d’une soif aiguë d’ordre, ultime souffle d’un pouvoir exsangue, prélude sinistre aux marches militaires qui portent en leur sein pléthore de bruits de bottes, de talons cadencés frappant un sol pourtant déjà à terre. Raviné par les pluies acides.


Le concept est terrible.


Couvrir le feu.


Image monstrueuse et dantesque. Éteindre la lumière, l’ensevelir d’un linceul de ténèbres, la pelleter d’un amas informe, d’un magma compact, la matelasser d’un fangeux bitume, la sarcler de béton, lui offrir ad vitam un sarcophage d’ébène, la trouer de noir.


Je m’emballe, je m’enflamme même, je me laisse aller à un flot d’émotions bien trop contenues après un déconfinement qui confine à la connerie, qui ridiculise et anéantit l’art et les artistes, qui abrutit, qui encadre, qui fait rentrer dans les cases, qui avilit et appauvrit nos âmes bousculées. À demi errantes. Jusqu’à 20 heures.


Je n’étais pas dans la rue hier, hélas, avec mes sœurs et frères d’armes alors ce matin je laisse mon lyrisme guerrier revendiquer la lumière du jour, cocktail-molotover les pensées ignares, combattre l’obscurantisme.


Ne couvrez pas ce feu, vous dis-je ! Couvrez vous plutôt de ridicule. Cela ne vous tuera pas.


Vade rétro Satanas de fossoyeurs, arrière bachibouzouks extincteurs, briseurs d’aurore, inutile de vous enfouir à votre tour, écoutez Brel ! Le feu rejaillira toujours. Même de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux. C’est pour dire !


Ne couvrez pas le feu ! Jamais.

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